Il est de retour. Et il est pas content.


Un arc-en-ciel bien nommé

Le 15.10.2007 - Le Blog - 3 commentaires

Thème(s) associé(s) : Internet Musique

Pour ce premier article, j’avais envie de noircir le cadre avec des couleurs. Paradoxal me direz-vous. Mais vous allez comprendre. Enfin... normalement.

In Rainbows

 

 

 

In Rainbows. Si ces deux mots accolés ne provoquent pas en vous une étincelle spirituelle, c’est que, soit 1) vous êtes un extraterrestre ou/et 2) vous êtes parti, pour le compte de la NASA, en reconnaissance sur la Lune la semaine écoulée. Dans tous les cas, cela veut dire que 1) vous avez raté quelque chose de phénoménal et que 2) vous ne pouvez absolument pas être un extraterrestre. Impossible, sinon, on vous aurait mis au courant.

 

Piqûre de rappel. Il y a une semaine et des poussières, un extraterrestre - un vrai - lançait un message dans ce que l’on appelle le "dead air space". Un ailleurs, un entre-deux, où il se passe des choses hors du commun. Des trucs d’extraterrestres, et des messages, donc, lachés dans l’unique dessaim de provoquer une onde de choc parmi les terriens.

 

Le message, le voilà :

 

Hello everyone.

Well, the new album is finished, and it’s coming out in 10 days ;

We’ve called it In Rainbows.

Love from us all.

Jonny.

 

Cet extraterrestre, c’est Jonny Greenwood. Guitariste à ses heures perdues, il joue dans un groupe qu’on appelle Radiohead.

 

Bon, on va pas se raconter des conneries, Radiohead n’est pas un groupe, c’est plus que ça.

 

Il y a une semaine donc, des millions de terriens apprenaient, stupéfaits, que Radiohead se préparait à briser un silence de quatre ans à grands coups de riffs et d’Ondes Martenot. Les retrouvailles avec LE groupe du troisième type ont eu lieu mercredi, aux alentours de huit heures du matin, pour les plus chanceux.

 

Aux traditionnelles ruées dans les rayons de disques, les membres de Radiohead ont préféré laisser place aux clicks de souris et au téléchargement. Uniquement (Pour l’instant). L’idée : quitte à créer une onde de choc, autant qu’elle prenne des allures de révolution. Le chemin était tracé.

 

A l’heure où la démocratie, sous toutes les latitudes, se retrouve bafouée, le terrien radioheadien, lui, est invité à choisir le prix qu’il veut payer pour goûter à un son venu d’ailleurs. Et en grand gourmet, impossible d’y résister.

 

Au même instant qu’un bon million de semblables, j’ai donc découvert In Rainbows, le septième album de Radiohead. Que dire de cet opus qui n’ait pas déjà été dit ? Qu’il offre, une fois n’est pas coutume, une palette d’émotions, de sons et de terrains vierges d’exploration, prompts à éclabousser les décors blancs cassés de nos vies ? Qu’à son écoute, il suspend son auditeur hors du temps ? Qu’il est le rival direct d’OK Computer ?

 

La dernière interrogation mérite d’être posée, soyons clairs. Si les deux albums sont incomparables, séparés par dix années et une maturité sans cesse renouvelée, bousculée et réinventée, force est de constater qu’ils ont des atomes crochus.

 

La cohérence est présente, l’ambiance apaisée - mais pas les paroles, toujours aussi apocalyptiques - , moins déprimante, ce que les non-initiés avaient tendance à reprocher aux trois derniers albums. Le nouveau Radiohead en forme d’arc-en-ciel redonne des couleurs, et le sourire.

 

Après une soixantaine d’écoutes (en moins d’une semaine), In Rainbows reste en bouche et continue de diffuser l’ivresse des profondeurs. Celles que seul Thom Yorke parvient à dépoussiérer de sa voix transcendante. Plus planante que jamais, embrumée de sonorités épurées mais puissantes, elle se diffuse ici bas et donne corps à cet album de fort belle manière. 

 

Les premières notes annoncent la couleur. 15 step, au rythme obsédant, arrosé d’un background albarnien, enchaine sur Bodysnatchers, à peine plus reposant, qui marque le retour des guitares dans un fracas dévastateur et fait penser à un 2+2+5 très oriental. Ca décoiffe. Puis Nude balaie les certitudes. Don’t get any big ideas, they’re not gonna happen. On est prévenu, mais on ne peut s’empêcher de lever les bras au ciel, pour tenter de décrocher les étoiles. Trop difficile ? Pas de panique. Thom Yorke est là pour en faire tomber une pluie. Sa voix semble d’avoir jamais été aussi magique que sur ce titre. Arrive la quatrième piste, Weird Fishes, plus connu sous le nom d’Arpeggi, souvent joué en live ces dernières années, qui reprend l’oreille par surprise. Juste quelques accords, les Ondes Martenot chères à Greenwood, et des lyrics, une fois encore, transcendantes, avec pour ultime but : s’échapper. La chute finale est brutale, mais intense. All I Need, dans la même veine, prolonge l’odyssée caverneuse vers un Faust Arp très accoustique, quasi-oriental là encore, et bercé de violons. Définitivement trop court. Juste assez spacieux pour laisser s’emboîter, raisonner en échos des mots répétés voire calqués sur le rythme sec des guitares folk. Le très jazzy et énigmatique Reckoner suivi de l’étheré House of Cards tracent le chemin vers l’une des perles de l’album : Jigsaw falling into Place. Un titre très radioheadien, qui monte crescendo, servi par un rythme frénétique, vers des altitudes lyriques obsédantes, frissonnantes. Le plongeon dans le vide est aussi surprenant que pour Arpeggi, mais cette fois, il s’agit de sauter dans la nacelle de Videotape, pour mieux s’envoler au son du piano, et du chanteur, qui s’offre là un moment d’éternité de toute beauté. No matter what happens now. You shouldn’t be afraid. Because I know today has been the most perfect day I’ve ever seen. Du grand Thom, du grand Radiohead. Comme toujours, le spectre des chansons se superpose magnifiquement avec notre petit film à nous. Vous savez, celui qu’on a tous à l’intérieur, et où se succèdent les souvenirs, les rêves, les angoisses, les questions en suspens et les joies. Un film intense dont In Rainbows peut se vanter d’en esquisser la bande originale. Et ce qui est magique, c’est que ça marche à tous les coups.

 

A noter que ce retour fracassant est sans doute à mettre au crédit, pour une bonne partie, au sixième membre du groupe, le jeune producteur Nigel Godrich, dont la magie et l’intuition ont su se marier une fois encore à la perfection avec le groupe d’Oxford, après avoir fait le bonheur de Beck ou encore Air. Les influences sont évidentes.

 

Pour résumer, je dirais que l’ensemble offre un condensé de ce que Radiohead fait de mieux. On retrouve les frissons, cette atmosphère planante, orgasmique, les claviers, les Ondes Martenot - qui donnent ce son si particulier, étranger -, les guitares saturées, les mélodies, le rythme et surtout : la cohérence de l’oeuvre. Comme chaque album du groupe, In Rainbows est différent des autres, mais fait passer l’essentiel : un morceau d’ailleurs.

 

Guillaume

 

 

 

Dix chansons intenses, dix claques à savourer sans modération ! J’ai un gros faible pour Arpeggi, Nude, Jigsaw et Videotape...mais impossible pour moi de choisir. Et vous ?
 

Weird Fishes/Arpeggi
http://fr.youtube.com/watch?v=NKwhwgUglXg

Nude
http://fr.youtube.com/watch?v=gbXrdOwDlGc
Difficile de ne pas planer après ça... =)

Jigsaw Falling into Place
 
 
 
 

 Ultime lien :
http://www.inrainbows.com/Store/index2.htm

 

Enjoy buddies ;-) 

 

 

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  • Le 19 octobre 2007 22:04, par Martin

    Un magnifique article d’autant plus qu’il est extrèmement difficile de décrire ce que Radiohead évoque en soi tant c’est une expérience forte et personnelle. Cependant, j’ai été surpris de retrouver dans cette description des choses que je ressentais également. J’ai aussi pu enfin mettre un nom sur ces sons enchanteurs et planants que sont les ondes Martenot. Je partage tes impressions sur cet album. Après, à quel album celui-ci succède vraiment en terme de recherches artistiques, de style, de succès..je n’en sais rien. Je pense que Radiohead comme toute merveille fait face à des querelles et à des discussions constantes des fans. Et chacun a ses préférences dans la discographie très riche et variée de Radiohead. Simplement comme tu l’as dit, cet album est très bon, vraiment planant, bien fini, j’attends avec impatience le deuxième cd !

  • Le 25 octobre 2007 21:06, par Martin

    Sur cette news de ratiatum, je suis tombé sur la section "Le saviez-vous ?" et j’ai découvert des trucs vraiment forts sur cet album.

    Apparemment, Radiohead aurait placé quelques "codes" dans cet album et a vraiment poussé loin les symboles avec notamment le chiffre 10... 10 jours avant la sortie a eu lieu l’annonce, c’est le 10ème album, il a 10 pistes etc. Je vous laisse lire en détail. Aussi, ils ont placé en Choeurs le titre de l’album à 61,8% de l’album, soit au rapport du nombre d’or. Ainsi, dans la chanson Reckoner, à 2min49, on peut entendre dans les choeurs : In raaaain, In raaaain, In raaaaainbows. Je ne peux croire à une coïncidence, c’est énorme ! J’attends de lire le reste des analyses de fan sur la complémentarité apparemment voulue entre OK Computer et In Rainbows, musicalement et au niveau des chansons sur l’album. Tout cela renforce mon respect pour ce groupe !

  • Le 27 octobre 2007 20:44, par Guillaume

    Très intéressant Martin !

    Tu m’en bouches un coin, là !

    Merci ;)

    Guillaume,


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